les artistes

Nadine Cosentino


La peau du réel
Nadine Cosentino apprivoise l'enveloppe du corps humain. Elle en garde la tactilité charnelle en recourant aux poudres de pastel, au crayon qui lève la ténuité dans l'effusion lumineuse. Le grain du papier est mis en abyme par le recouvrement poudreux du matériau dont l'imperceptible dissémination graphique déclenche un jeu de lumière par lequel s'écrit le modèle. Les parties corporelles se décryptent à l'aune de cette mystérieuse naissance. Jeu de dévoilement et de recouvrement  ordonné par la seule luminosité. Le corps s'y soumet, transformé, dilaté pour une anamorphose inattendue, ou bien, grossi sous l'effet d'une loupe, il s'offre à notre regard comme une énigme à déchiffrer. Nadine Cosentino interroge le dessin et la peinture. Quelle relation entretiennent-ils pour quelle réalité? Un pli, un renflement sont tout à la fois colline et hanche, et la bouche entrouverte devient gouffre. Ces approches simultanées génèrent leur propre espace. C'est lui qui ordonne la lecture, qui rompt l'échelle pour nous égarer dans un monde où les certitudes n'ont plus cours. La liberté est au service d'une maîtrise imparable du dessin. Celui-ci s'impose sans faille dans les œuvres sur papier comme dans les peintures. Quelques témoignages d'œuvres antérieures éclairent le parcours d'une artiste fascinée par les transformations que la lumière fait subir aux êtres pour les revêtir d'une nouvelle identité.

Lydia Harambourg