les artistes

Jean Estaque


Désordre de marche
Le monde , c'est bien connu des artistes de bonne foi, est un bazar sans pareil. Et même, pour les plus mécréants d'entre eux un foutoir inégalable. Aussi, certains saisissent-ils leur brosse et leur pinceau, leur ciseau, leur plume ou leur stylo, ou bien s'assoient-ils à leur piano, et tentent héroïquement de mettre un peu d'ordre là-dedans. Ils suent sang et eau pour créer un accord, une harmonie entre les choses et les choses de la réalité s'empressent aussitôt de compromettre ce travail déraisonnable, colossal. Tout est à recommencer. Toujours.
Jean Estaque fait partie de ces Sisyphe solitaires et plus obstinés que des carabes. Il n'est pas masochiste pour autant. Tout simplement, il est convaincu que les hommes sont animés d'un désir de perfection qui peut les pousser au pire : un élan d'amour que pervertit sans cesse, fatalement, un appétit irrépressible de possession. Aussi faut-il, inlassablement, entreprendre de créer, entreprendre étant évidemment plus méritoire que réussir. Que réussit-on, d'ailleurs, en fin de compte (de conte?)...

Bernard Blot